Pourquoi un régime spécifique en dialyse
Les reins défaillants n'éliminent plus correctement certains éléments : potassium, phosphore, sodium, eau. Entre deux séances de dialyse, ces éléments s'accumulent et peuvent devenir dangereux — l'hyperkaliémie est la principale cause d'urgence cardiaque chez le patient dialysé.
À l'inverse, l'hémodialyse élimine aussi des nutriments utiles (acides aminés, vitamines hydrosolubles, oligo-éléments), ce qui impose un apport renforcé en protéines — à contre-courant du régime suivi avant la mise en dialyse, où les protéines étaient souvent restreintes.
Le potassium : l'ennemi numéro un
Le potassium s'accumule entre les séances et peut provoquer des troubles du rythme cardiaque graves au-dessus de 6 mmol/L. La norme cible avant dialyse est de 3,5 à 5,5 mmol/L.
Aliments très riches en potassium à limiter fortement : bananes, abricots secs, dattes, chocolat noir, pommes de terre non trempées, épinards cuits, avocats, jus de fruits, café soluble, sel de régime (enrichi en potassium — à proscrire absolument).
Astuce de cuisson : les légumes et pommes de terre perdent 30 à 50% de leur potassium si on les épluche, les coupe en petits morceaux et on les fait tremper dans beaucoup d'eau deux heures avant la cuisson, puis on les cuit dans une grande quantité d'eau changée à mi-cuisson.
Le phosphore : le tueur silencieux
Le phosphore en excès se fixe avec le calcium et provoque des calcifications vasculaires, facteur majeur de mortalité cardio-vasculaire chez le dialysé. L'objectif est de maintenir un taux inférieur à 1,78 mmol/L (5,5 mg/dL).
Le phosphore est très présent dans : produits laitiers (fromages à pâte dure surtout), abats, sardines, jaune d'œuf, fruits à coque, légumineuses, cola. Il est aussi ajouté comme conservateur dans les plats industriels, charcuteries, fromages fondus — il faut lire les étiquettes (additifs E338 à E343, E450 à E452, E541).
Des médicaments appelés chélateurs du phosphore (sevelamer, carbonate de calcium, acétate de calcium) sont prescrits à prendre pendant les repas pour piéger le phosphore alimentaire.
Le sel et l'eau : la gestion du poids interdialytique
Entre deux séances, le patient dialysé ne doit pas prendre plus de 2 à 3% de son poids sec en liquide (soit 1,5 à 2 kg pour un adulte de 70 kg). Au-delà, l'ultrafiltration nécessaire devient difficile à supporter : chute de tension, crampes, fatigue majeure.
Le sel (sodium) augmente la soif et favorise la rétention hydrique. Objectif : moins de 5 g de sel par jour (soit 2 g de sodium). Éviter plats cuisinés, charcuterie, fromages, pain industriel, biscuits apéritifs, bouillons cubes. Cuisiner avec herbes et épices.
Astuces pour la soif : sucer un glaçon plutôt que boire, utiliser un petit verre, répartir les boissons sur la journée, éviter les plats salés qui déclenchent la soif.
Les protéines : un apport essentiel
La dialyse entraîne une perte d'acides aminés. Contrairement au stade pré-dialyse, les besoins protéiques sont élevés : 1,1 à 1,2 g/kg/jour, soit environ 80 g par jour pour un adulte.
Sources à privilégier : viandes blanches et rouges maigres (poulet, dinde, bœuf, veau), poissons (sauf sardines à cause du phosphore), œufs (surtout le blanc, moins riche en phosphore que le jaune), tofu. Limiter les produits laitiers à 2 portions par jour à cause du phosphore.
Exemple de journée type
Petit-déjeuner : pain blanc avec beurre et confiture, un thé léger, un yaourt nature (attention au potassium si fruit ajouté).
Déjeuner : 150 g de poulet rôti, haricots verts (trempés puis cuits dans deux eaux), riz blanc, salade verte, compote de pomme sans sucre ajouté.
Goûter : 2 biscuits secs ou une tranche de pain avec miel.
Dîner : filet de merlan vapeur, courgettes (trempées), semoule, un morceau de pain, une pomme cuite.
Boissons sur la journée : environ 500 ml (à adapter selon la diurèse résiduelle et les consignes du néphrologue).
L'accompagnement par une diététicienne
Tout centre de dialyse dispose d'une diététicienne qui propose une consultation initiale, puis un suivi au moins semestriel. Elle adapte les conseils au mode de vie, aux goûts culturels et aux résultats des bilans sanguins.
Des ateliers collectifs sont parfois proposés, permettant d'échanger avec d'autres patients et de partager des recettes adaptées. France Rein et certaines associations régionales éditent aussi des carnets de recettes spécifiques.